Avertissement

Ce blog est à caractère humoristique.

Un peu de second degrés satirique, un soupçon de réalisme, une once d'humour et le tour est joué ! 

Bonne lecture !

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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 22:22

Cher Journal,

 

C’est le cœur amer et maussade que je noircis aujourd’hui tes pages.

 

Un peu plus tôt dans la semaine, je recevais un appel incertain et plutôt glauque me demandant si je voulais bien honorer de ma présence la mémoire d’une certaine Anaïs.

 

J’ai d’abord cru à un canular de cette pute de « Sagesse » (cf mes notes précédentes)… puis j’ai vite compris de quoi il s’agissait. Et j’ai abandonné aussi sec mes fantasmes paranos pour redescendre sur terre : j’étais invité aux funérailles d’une amie de ma pote Guenièvre.

 

Anaïs, brillante étudiante en école de commerce, était pour moi une brave fille totalement inintéressante… mais personne ne maîtrisait le shopping mieux qu’elle et sa carte Gold illimitée. Et ses éclats de rire valaient tout l’or du monde tant ils débordaient de joie inoffensive. Des éclats de rires que nous n’entendrons plus jamais.

 

Faute de place dans ce tout petit Temple morne et sobrement blanchit à la chaux, me voilà coincée au premier rang, entre Guenièvre et le cercueil pour une cérémonie religieuse froide et sans âme.

 

Nous voilà maintenant au cimetière, jetant misérablement une poignée de terre brune et sèche sur une boite en bois noir, engloutissant à jamais dans l’abîme une déesse du shopping et de la joie de vivre.
J’ai survolé tout cela comme extérieure à mon corps, extérieure à la scène. Maintenant que j’écris ces lignes, j’ai presque l’impression d’avoir fait un mauvais rêve, fiévreux et indistinct. Que rien ne s’est vraiment passé. Et que ça n’arrivera plus. Jamais.

 

Mais, au fond de moi, j’ai bien entendu l’absconse clameur qui circulait de bouche à oreille, entre les tombes délavées par le temps. Et je ne pourrai jamais l’oublier.

 

Sous ses dehors de fille légère et guillerette, Anaïs se droguait. Pas une petite fumette devant l’université, non. Directement des substances plus "dures", de celles qui circulent en toute liberté lors des soirées branchouilles des écoles de Commerce ou des rallyes huppés regroupant les jeunes gens de "bonnes familles". Un jour, elle a voulu arrêter toute cette merde et s’en est ouverte à ses parents qui, compréhensifs, l’ont aidé dans ce sens. Mais son dealer l’entendait autrement et continuait de lui rendre visite, jusqu’à la harceler.

 

Pour avoir la paix, le père d’Anaïs avait filé un bon paquet de blé au dealer pour ne plus entendre parler de lui et permettre à Anaïs de rebondir.

Les changements d’adresse et de numéro de téléphone n’ont pas suffit : le dealer a retrouvé la trace d’Anaïs et a recommencé son manège assidu.

 

Un après-midi qu’Anaïs était seule chez elle, le dealer est venu la faire chier une nouvelle fois. Une fois débarrassée de lui, Anaïs est allée dans le garage de ses parents et a trouvé la délivrance à ce harcèlement sans fin sous la forme d’un canon de fusil. Le tableau ne serait pas complet sans que ce soit Thibault, de dix ans le cadet d’Anaïs, qui découvrit le corps inanimé de sa grande sœur.

 

Depuis, il parait qu’une véritable chasse aux sorcières, adeptes de drogues diverses et variées, a commencé au sein de l’université.

 

De mon côté, errante comme dans un mauvais rêve, j’ai décidé de rendre un dernier hommage à Anaïs et je me suis précipitée, au bord des larmes, chez H&M afin de faire honneur à cette fille, à sa joie de vivre et à son goût sûr pour les fringues…. Et aussi parce que j’avais besoin de m’occuper et de trouver un moyen de penser à autre chose.

 

À peine sortie du magasin, les coudes pleins de sacs (bah oui, Chéri : quand on est une meuf trop classe, en 2014, on porte tous ses sacs dans le creux du coude… même si on en porte dix et que ça fait super mal aux bras car ça muscle cher trop les biceps !), j’ai reçu un texto.

Avec un effort surhumain, j’ai réussi à récupérer mon téléphone (toujours avec mes dix sacs aux coudes ! J’suis trop forte, j’te dis !!) et je lis : « Hey ! Je te vois ! Ne claque pas trop de pognon chez H&M ! PS : toutes mes condoléances.   Sagesse »

 

Là, franchement, c’était pas le jour. Du coup, j’ai grave pété un câble et j’ai appelé aussitôt le numéro indiqué en tête du texto. Après trois sonneries dans le vide, j’entends : « Bonjour. Bienvenu sur la messagerie Orange du 06******** . Merci de laisser un message après le bip sonore ».

 

Du coup, j’ai incendié le répondeur et j’ai menacé de porter plainte pour harcèlement.

 

 

Cher Journal, ce soir, languissante, morose et vide, j’aurai vraiment aimé terminer d’abreuver tes pages de mots afin de me libérer de ces heures douloureuses… Mais la silhouette sombre, indifférente aux ombres funestes qui ont traversé ce jour, est revenue, près du portail, baignée de la luminescence blafarde du réverbère, droite, immobile et effrayante.

 


Par Princesse Pouffiasse
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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 18:14

Cher Journal,

 

Voilà plus d’une semaine que j’attends et que je guette la moindre réponse de « Sagesse » via Facebook. Rien. Nada. Que dalle.

J’ai beau me renseigner de tous les côtés tant sur les réseaux sociaux que parmi mes ami(e)s : rien non plus.

J’en suis arrivée à la conclusion que cette « Sagesse » n’est qu’une mauvaise blague d’un ex un peu bourré, rien de plus.

De même que j’en suis arrivée à la conclusion que la silhouette campée soir après soir dans la lueur blafarde du réverbère n’est autre qu’une innocente septuagénaire venant souiller les rues par le biais de son compagnon canin.

 

Aussi, je me suis permis de me libérer les neurones en regardant « Top Chef ».

 

 «  (…) Et maintenant, vous allez revisiter le petit salé/saucisses aux lentilles !
- Ok... alors moi je vais partir sur une purée de lentilles et la rouler dans de la cellophane pour lui donner une forme de saucisse puis je vais tailler les saucisses en forme de lentilles. Ensuite, je disposerai le tout dans le tout petit coin d’une assiette dix fois trop grande, et j’ajouterai des points de sauce un peu partout pour faire joli !

- Top ! C’est fini ! C’est l’heure de la dégustation ! Ghislaine Arabian, vous en pensez quoi ?

- La sauce est infecte… et le plat aussi !

- Ok… Chef Marx ? Ce plat a l’air de retenir plus particulièrement toute votre attention…
- Ah ouais... (pause dramatique) c’est pas mal ! Ce plat, il raconte une histoire... !

- Chef Constant ?
- Et bé moi je trouve que ça a du goûûûût, c’est généreuuuux, c’est futé, … c’est gourmangue ! J’aime bien !

- Chef Piège ?

- Zzzz… hein ? Quoi ? Ah euh oui… comme mes collègues ! C’est ingénieux et ça peut faire partie de la carte d’un grand restaurant sauf que là, dans l’assiette, dans le coin droit où personne ne regarde, il y a une trace de doigt… et ça, c’est impardonnable à votre niveau ! ».

 

Du coup, tout ce branlotage culinaire, ça m’a soûlé et je suis retournée sur Facebook !

 

Toujours rien.

 

Histoire de vérifier si ma commande Amazon est bien partie, je me connecte sur mon adresse mail et là, l’intitulé de l’objet a retenu toute mon attention. Sept lettres grasses, noires et menaçantes tracent ce mot : « SAGESSE » !

 

Je clique sur l’objet et le message s’ouvre. D’abord sur une pièce jointe représentant une photo de classe de ma dernière année de Primaire, en CM2. J’avais une gueule, là-dessus, avec mes grosses dents de traviole, mes cheveux fourchus et mes fringues ringardes des années 90… !

 

Voyons le texte.

 

Blablabla… école… Madame Chose, l’institutrice… la fois où j’avais dû faire le tour de la cour en jean’s parce que j’avais oublié mon survêtement… les messes basses avec ma potasse de l’époque pendant les cours… la séparation par la Maîtresse pour tout le reste de l’année scolaire pour qu’on arrête de discuter…
Et, bien entendu, pour conclure, le fallacieux paraphe « Sagesse ».

 

Du coup, je regarde à nouveau la photo de classe et je tente de deviner qui se cache derrière ces tranches de vies saignantes dont je suis l’héroïne.

 

Ma potasse Stéphanie ? Pas exclus… mais ce genre de mail glauque n’est pas son genre !

Sonia ? On n’a jamais été très proches…

Arnaud ? Non… le mail ne contient aucune faute d’orthographe, ça ne peut pas être lui.

Florent, le mec qui se mettait à chougner parce qu’il n’avait eu "que" 17/20 à son contrôle de Math et que sa mère allait engueuler ? Peu probable qu’il se rappelle de la futile Anne-Amandine…

Florian ? L’un des rares enfants de divorcés (en ce temps là !), l’attardé qui parlait seul dans la cour et qui avait toujours des poux ? Tiens ? Je me demande ce qu’il est devenu… j’espère qu’il a pris sa revanche sur son enfance merdique. Ça serait cool pour lui !

 

Bref ! J’ai beau me triturer les méninges : je ne trouve toujours pas l’identité de mon interlocuteur/interlocutrice. Mais je commence quand même à flipper parce que mon adresse mail n’est connue que de personne proches (ou de mecs de passage !)… mais d’aucune personne de mon « ancienne vie » à l’école primaire ou au collège !

 

Et voilà, une fois encore, la silhouette sombre qui se plante à côté du portail, découpée au couteau dans le halo blanchâtre du réverbère…

 

 

Putain…

 


Par Princesse Pouffiasse
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Jeudi 27 mars 2014 4 27 /03 /Mars /2014 20:57

Cher Journal,

 

Ce soir, tandis que je noircis tes pages, je tremble de tous mes membres.

 

Un peu plus tôt dans la soirée, je fermais les volets de la salle à manger et j’ai vu une forme sombre, droite, immobile à côté du portail et découpée dans l’obscurité brumeuse par la lueur blafarde d’un réverbère. Une fois la surprise passée, je me suis dit qu’il s’agissait sans doute là d’une énième mémère venue faire déféquer son canidé préféré dans les rues et je continuais à fermer les volets de la maison.

 

Arrivée à l’autre extrémité de la maison, je fermais enfin les volets de ma chambre. La silhouette mystérieuse était toujours là, plantée à côté du portail. Je restais un moment à la fenêtre, dans le noir,  à l’observer. Aucun mouvement et aucune présence éventuelle d’un chien. La présence semblait m’observer.

 

Là, j’ai commencé à flipper ma race et j’ai piqué un sprint vers le salon pour avertir Dad… qui a d’ailleurs mis des plombes à bouger ses fesses hors de son fauteuil ! Une fois arrivé dans la chambre, il a jeté un rapide coup d’œil à travers la fenêtre et est parti en grommelant que je l’emmerdais et que je n’avais plus l’âge pour ces conneries.

 

Dans la rue, près du portail, il n’y avait personne.

 

Nous sommes ensuite passés à table. Après quelques mots autour de cette étrange affaire de silhouette inquiétante, Mum, Dad et Jean-Rom ont rivé leurs yeux sur le téléviseur. Moi, je repensais à la silhouette. Qui cela pouvait-il bien être ? Et pourquoi venir se planter là, au bout d’une bête rue sans issue ?

Aucune idée.

 

Aucune idée… jusqu’à ce que je me colle devant Facebook.

Entre deux pubs illustrées de mecs magnifiques à demi-nus et une énième proposition de jeu Candy Crush, un message était signalé. Je cliquais sur le « 1 » rouge.

 

Le message s’affiche alors. Pas d’introduction ni de « bonjour ». Le texte commence direct par des souvenirs qui pourraient être les miens : les lieux, le nom des rues et des écoles,… Tout coordonne !

Après le point final, une seule signature, mystérieuse, me plonge dans la perplexité : « Sagesse ».

 

Je me jette sur ma souris et je clique sur le nom écrit en caractères grecs ( !) indiqué en tête du message. Je passe d’une page à l’autre du profil de « Sagesse » pour y trouver un quelconque indice qui m’en apprendrait d’avantage sur l’identité de mon énigmatique correspondante.

 

Lieu de naissance, lieu de résidence, âge, sexe, … Rien. Que dalle. Le seul indice est une vieille photo de l’ancienne maison où ma famille et moi vivions avant de nous installer ici.

 

Dans un éclair de lucidité, je fonce dans la chambre de mon frangin. La porte est verrouillée, comme d’hab’. Après quelques « frouch frouch », la porte s’ouvre enfin sur mon frangin, que j’ai l’air de sérieusement déranger.

 

Sans transition, je demande à Jean-Rom si ça l’éclate de jouer à me faire peur en m’envoyant des conneries via Facebook. Furieux et le plus sincèrement du monde, il me répond qu’il a autre chose à foutre que passer son temps à m’effrayer et me claque la porte au nez.

 

Premier point : « Sagesse » n’est donc pas mon frangin.

 

Je me rue sur mon téléphone et j’appelle sur le champ ma potasse Guenièvre pour lui demander si, l’air de rien, elle n’essaierait pas de me foutre les jetons en créant un monstre virtuel, juste pour le fun, pour se payer ma tête.

Comme elle commence à me parler de sa pote Machine qui est vraiment une pétasse ringarde et mal fagotée et du mec cher bien qu’elle reluque dans l’amphi où elle prend encore ses cours, je coupe court à la conversation et lui demande abruptement si, oui ou non, elle a quelque chose à voir avec le message flippant que j’ai reçu ce soir.

 

Après un court silence, elle me répond benoitement : « pourquoi je t’enverrai un message sur Facebook alors que j’ai ton numéro de téléphone et un forfait SMS illimités ? ».

 

Ok… Sa réponse n’est pas exactement celle que j’attendais mais, au moins, je sais qu’elle n’a rien à voir là dedans. Je lui explique tout : la silhouette et le message. Comme moi, elle ne comprend pas mais me signale d’une voix surexcitée qu’elle a un double appel et me raccroche au nez. Je suppose que le mec "cher bien" de l’amphi donne des cours du soir…

 

 

Je réponds au message de « Sagesse » en lui demandant simplement qui elle est. Puis je file me pieuter, cogitant sur le lien de cause à effet entre le message et l’apparition nocturne...

 


Par Princesse Pouffiasse
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Lundi 10 mars 2014 1 10 /03 /Mars /2014 08:52

Cher Journal,

 

Comme tous les ans, je suis retournée chez mon orthopédiste, pas loin de chez Grand-mère Agnès, dans le 6ème arrondissement.

Pourquoi aller si loin ? C’est que Mum a insisté pour que j’aille dans le 6ème. Selon elle, si un médecin réussit à payer un bail commercial dans cet arrondissement, c’est qu’il est riche donc qu’il a plein de clients patients… et, du coup, qu’il est un bon praticien. CQFD.

 

J’arrive donc à 8h30. La secrétaire médicale (qui a dû faire ses classes en tant qu’hôtesse d’accueil dans une succursale de pompes funèbres) me demande de mettre par-dessus mes ballerines des espèces de sacs en plastique bleu.

Soit…

 

Le docteur sort enfin de son bureau (à 8h50…) et m’y ramène après m’avoir dit : « Bonjour, tu vas bien ? Entre… c’est au fond à gauche ». Cette espèce de grand benêt "costard-cravate-raie sur le côté" de 45 balais me tutoie. Ma foi, pourquoi pas…

 

 

Sitôt entrés, il passe derrière son bureau (où trône la photo de ses enfants !) puis me demande d’enlever chaussures, chaussettes et pantalon. Normal…

Il me demande ensuite de faire un aller/retour dans son bureau afin de me regarder marcher. Je m’exécute.

 

Cher Journal, je te passe les dix minutes humiliantes de l’année où cet abruti profilé "Manif Pour Tous" me demande de monter sur une estrade et de poser les pieds sur un machin mou et bleu, chauffant afin de thermoformer mes futures semelles orthopédiques… le tout toujours en pull et petite culotte devant le spécialiste qui fait mine de s’occuper de son écran d’ordinateur.

 

Tu penses ici que j’ai eu mon lot d’affront ? Que nenni !

 

Cette étape terminée, le médecin pétri de rigidité me demande maintenant de marcher sur un tapis noir afin de vérifier les points d’appuis et de répartition de mon poids sur mes pieds lors de la marche (et toujours en me tutoyant !).

 

Tout est normal. RAS. C’est la fête du slip (duquel je suis toujours et seulement vêtue, par ailleurs !).

 

Enfin, LA question est tombée :

« Voyons pour la résistance des semelles… je vois que tu es à XX kilos : c’est toujours d’actualité ?

- Euh… non, vous pouvez en ajouter 10 de plus… »

Mais de quand datent ses putains d’informations ?!? Ça fait bien 5 ans que je ne fais plus ce poids-là !!

 

Et là, non content de me faire déambuler devant lui cul-nul, puis sur une estrade, pour qu’il m’aide à corriger une erreur de panards probablement congénitale, cet infâme connard éclate d’un rire bête d’adolescent en pleine mue qui dure trente seconde avant de se terminer sur un « la prochaine fois que tu viens, tu ne me dis pas qu’il y a 10 kilos de plus, hein ? Hihihi ! Tu peux te rhabiller ».

 

Je me rhabille donc pendant que le docteur Machin continue à bidouiller sur son clavier.

 

Enfin, une fois ses cliquetis terminés, il se retourne vers moi avec deux devis (à payer immédiatement… ce mec à une approche étrange du mot « devis », non ?) de 204€ en me disant :

« Ça fera 208€ !
- Pourtant, c’est marqué 204€, là…
- Oui mais c’est parce que la Sécu ne veut pas qu’on marque le prix par rapport à la seconde semelle blablabla… »

 

Content de ses explications incompréhensibles, le Ravi de la Crèche qui se tient derrière son bureau me tend son stylo, tout frétillant d’empocher 208€ pour vingt minutes de consultation.

 

« Dites-moi docteur…

- Oui ?

- Ça ne vous ennuie pas de vous foutre ouvertement de la gueule de vos patients, de les humilier puis de leur faire payer 208€ ?

- …

- En tout cas, moi, ça m’emmerde. Au revoir, docteur ! »

 

Puis je me suis levée, j’ai attrapé mes affaires et je me suis barrée sans signer ni devis ni chèque.

 

Il y a de ces névrosés, j’te jure !

 


Par Princesse Pouffiasse
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Lundi 3 mars 2014 1 03 /03 /Mars /2014 18:09

Mum

Cher Journal,

 

J’ai souvent évoqué Mum dans tes pages. Eternelle dépressive depuis la déculottée de Sarko en Mai 2012, elle ère dans la maison entourée de mille couches vaporeuses laissant sur son passage un doux parfum de vieille dame anglaise. Le coming out récent de Jean-Romaric, mon frangin, n’a pas non plus arrangé les choses… surtout quand Grand-Mère Agnès, abandonnant subitement ses allures de sorcière Manif Pour Tous, a tout encaissé sans faillir et a même expliqué à Mum comment rester maîtresse d’elle-même au lieu de sombrer un peu plus dans sa crainte compulsive du qu’en-dira-t-on.

 

Car Mum est comme ça.

Avant de devenir la femme de Dad, avant de devoir se confronter à sa belle-mère bourgeoise-et-fière-de-l’être, avant de s’arrêter de travailler pour élever ses enfants, avant de ne devenir une réelle desperate housewife dont le mari subvient à tous les frais de la maison, Mum avait une histoire bien à elle et que je n’ai su la découvrir qu’en recollant de petites bribes, au fil des ans.

 

Elle a grandit dans un petit village du sud de Lyon, auprès d’un père aimant et d’une mère aigrie. Aigrie d’avoir été et de ne plus être. Aigrie d’avoir été cette femme de militaire casernée en Algérie et qui menait une vie de reine, entourée d’amies durant de longues journées délicieuses et sans fin… et servie par du petit personnel toujours aimable et souriant.

Les deux pays se sont séparés et la vie idéale de la mère de Mum est restée de l’autre côté de la Méditerranée. De retour au pays, elle n’était plus personne. Plus de petit personnel à son service ni de farniente… mais des ménages à faire chez des voisines pour compléter le pâle salaire de son mari.

L’aigreur fit place à la méchanceté pure et gratuite ainsi qu’à un racisme terrible envers ceux qui furent jadis ses premières marches vers son ancienne vie.

 

Le père de Mum étant décédé trop tôt, Mum dû faire avec la malveillance constante de sa mère. Là où Mum rêvait de devenir hôtesse de l’air (peut être pour retrouver le côté aventureux de son court séjour de jeunesse en Algérie ?), sa mère lui répondait : « Non, ça coûte cher, ça… et si tu veux te payer tes études, tu n’auras qu’à faire la pute, comme ta tante divorcée ! ». Welcome to the 70’s… !

 

Et après ça, la mère de Mum se demande pourquoi, maintenant qu’elle est vieille et seule, elle passe chaque instant isolée, confite dans sa haine.

 

Bref ! Tout ça pour dire que Mum a grandit ainsi dans un petit village où tout se savait et où l’image extérieure ne devait jamais s’effriter ou tomber en public sous peine que le dessous du masque ne fasse le tour du village et ne devienne l’étiquette officielle que tous les habitants du village vous donnaient quand ils vous voyaient passer dans la rue.

 

Mum a gardé de cette enfance un amour mitigé pour Dieu, qui lui a pris son père bien trop tôt à son goût et qu’elle devait, en plus, remercier tous les dimanches à coups de pieds aux fesses.

Elle en a également gardé son goût prononcé pour les masques. Toujours garder la tête haute, avec dignité… quitte à s’effondrer une fois que des murs (les vrais !) vous isolent et vous protègent.

 

Un poids certain qui vient s’ajouter à celui de son enfance et celui de ses rêves qu’elle ne pourra jamais atteindre.

Depuis lors, Mum a conservé une passion de la lecture.

 

Quel rapport me diras-tu, cher Journal ?

 

Et bien, avant de connaître Dad, Mum compensait son envie d’évasion et de voyages (pour se rappeler les odeurs et les ambiances orientales réelles et fantasmées de son enfance puis son métier avorté d’hôtesse de l’air) en lisant, faute d’argent pour voyager réellement.

Pas des livres d’images, non ! Mais des livres de navigateurs, d’explorateurs ou des livres sur l’histoire d’un pays. Elle est d’ailleurs l’une des rares personnes que je connaisse qui puisse parler d’un pays oriental (où elle n’a jamais mis les pieds) avec une personne qui vient de revenir d’un long voyage dans le pays en question en évoquant des détails architecturaux ou diverses places historiques.

 

Avec les années, le goût de Mum de s’évader par le biais de la littérature est resté.

 

Et quand Dad, pris complètement dans son boulot à multiples responsabilités, est arrivé dans la vie de Mum, son temps libre (en dehors de notre éducation !) s’est accru et tout son temps s’est réparti entre le port d’un masque et les livres.

 

Du coup, on ne sait jamais trop où est Mum quand elle ère dans la maison, comme ça, sans but. Ennuie profond de femme au foyer presque délaissée ? Nostalgie d’une vie aventureuse qu’elle n’a jamais eu ? Rêve d’une vie fantasmée et modelée au grès de ses lectures dépaysantes ? Dépression pure et simple à cause d’une vie subie de bout en bout ? Axe sur ce qui n’a jamais pu être réalisé au lieu de s’axer sur tout ce qu’il reste à réaliser ?

 

 

Je ne le saurai jamais, je crois.

 


Par Princesse Pouffiasse
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