Avertissement

Ce blog est à caractère humoristique.

Un peu de second degrés satirique, un soupçon de réalisme, une once d'humour et le tour est joué ! 

Bonne lecture !

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Lundi 7 juillet 2014 1 07 /07 /Juil /2014 12:11

Cher Journal,

 

Voici quelques temps maintenant que je perds un peu d’intérêt pour tes belles pages vierges.

 

Aussi, je prends quelques distances et peut être, un jour, raconterai-je la fin de mes aventures avec la fameuse « Sagesse » et tout ce qui a suivi.

 

Pour l’instant, l’indifférence générale a pris le dessus.

 

 

Après l’été, peut être… ?

 

 


Par Princesse Pouffiasse
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Dimanche 11 mai 2014 7 11 /05 /Mai /2014 20:58

Cher Journal,

 

Après avoir reçu pas mal de sms et autres mails d’une certaine Sophie/Sagesse qui ne se décide pas à montrer son visage, j’ai, sur les conseils de mon frangin et de Guenièvre, pris la route du commissariat le plus proche afin de porter plainte.

 

Après une heure vingt d’attente au cours duquel un flic en fin de carrière et à la sobriété contestable m’a demandé par deux fois ce que je venais faire là, le représentant de la loi daigne enfin téléphoner à plusieurs services du commissariat. Ne trouvant manifestement aucune oreille attentive à sa requête,  l’homme grisonnant et rougeaud m’apostrophe comme si nous n’avions pas terminé de discuter depuis sa première question.

« Ouais… bon… moi, tout ce qui touche à l’informatique et à internet, c’est de la merde -burp !- alors je ne vais pas prendre votre déposition, là, hein ? Si ça ne vous convient pas, z’avez qu’à faire une lettre au Procureur de la République. »

Puis il se retourne et recommence à gratter des piles de papiers sous le regard impuissant d’un stagiaire halluciné.

 

Folle de rage, je sors du commissariat. Mon téléphone vibre : « Bah alors Mandinou ? T’as des ennuies que tu étais au commissariat ?!?   L »
Putain de « Sagesse ».

 

Furibarde, je fais ce que toute nana censée de mon âge ferait pour congédier sa mauvaise humeur : faire les magasins !

 

Là ! Droit devant : un magasin de chaussures ! Qu’à cela ne tienne puisque le Ciel en a décidé ainsi : je m’offrirai une nouvelle paire d’escarpins !
Ah mais !!

 

À peine poussée la porte du magasin qu’un flot verbal belliqueux m’assaille !

 

Je cherche des yeux un vendeur disponible. Pas de bol : le seul et unique ambassadeur de cette marque de chaussures est déjà pris en otage par le braillard. J’attends.

 

Pendant une bonne demi-heure, je me rends compte que le pauvre vendeur s’en prend plein la gueule par un mec qui a dû avoir une mauvaise semaine, frustré d’avoir été coincé à la maison pendant les ponts du 1er et du 8 Mai avec Bobonne et ses lardons. Bobonne en question est justement présente et demande à son blaireau de mari de la mettre un peu en sourdine car le vendeur, semble-t-il, est pieds et poings liés et a peu de marges de manœuvre afin de faire face à des malfaçons qui peuvent malheureusement ponctuer certains articles.

 

Manifestement, l’homme de Néandertal ne l’entend pas de cette oreille et escompte bien faire comprendre au vendeur (et à sa femme) qu’il est un Homme, un vrai, avec un « H » majuscule et deux grosses couilles bien viriles pour aller avec. Il hausse encore le ton et vide derechef sa hargne sur le vendeur.

 

Le vendeur a beau téléphoner à sa direction pour demander (quémander ?) quelques arrangements mais rien ne suffit à adoucir l’acquéreur contrarié.

 

Comme 1/ j’ai pas toute l’après-midi devant moi et que 2/ j’ai horreur des bœufs qui veulent prouver leur virilité en humiliant leur prochain, j’entre moi-aussi dans la danse !

 

«C’est bon ? Tout le monde a bien compris que Monsieur transpire la testostérone par tous les pores de la peau ? Votre égo est comblé ? C’est bon, là ? On peut me servir, à présent ? Ça fait une demi-heure que j’attends et j’ai franchement autre chose à foutre… ».

 

Profitant de l’effet de surprise,  je m’approche de la caisse, je dégaine ma carte bleue (que je jette négligemment sur le comptoir) et, regardant le vendeur : «  Bon, on va pas y passer le Réveillon ! Vous m’encaisser le montant d’une paire de chaussures neuves pour Monsieur, il prend une paire neuve et il dégage, ok ? ».

 

Morte de honte, la femme du coq de basse cour fusille du regard son mâle néandertalien, tourne les talons puis sort du magasin à grand pas. Le gallinacé en question se retrouve tout con, la bouche ouverte. Ne pouvant plus ergoter d’avantage, l’homme suit son épouse, penaud.

 

 

Une lueur de reconnaissance brille de mille feux dans l’œil du vendeur et, avant que je n’aie pu avoir le temps de dire « chèque fidélité », il m’embrassait.

 


Par Princesse Pouffiasse
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Jeudi 1 mai 2014 4 01 /05 /Mai /2014 16:03

Cher Journal,

 

Pour distraire Guenièvre et la sortir de sa morosité post-obsèques, j’ai décidé de l’inviter au ciné. Direction Rio 2… et en 3D s’il vous plait !

 

À peine installées dans la salle, je me suis dit que, peut être, j’avais fait une belle boulette : dans la salle, il y avait des gamins. Trop. Partout ! J’ai prié Saint Auguste et Saint Louis (les frères Lumières, quoi !) pour qu’on ait la paix durant la séance.

 

J’achevais à peine ma prière que, comme une bonne blague du Sort, entre une famille. Le père, la mère, le gamin de cinq ans et… (suspens !) UNE POUCETTE !!! Ouais ! À nous le jackpot !!!

Cher Journal, je ne comprendrai jamais pourquoi des parents amènent au cinéma la petite dernière qui a un an et demi et qui va, par conséquence, pourrir la séance à toute la salle en chougnant régulièrement parce qu’elle a faim, qu’elle a soif, qu’elle a fait caca ou pipi ou qu’elle a peur du gros bonhomme à l’écran (si ce n’est les quatre à la fois !)...Les parents ne peuvent-ils pas amener l'ainé et faire garder la plus petite, non ? Ou se débrouiller pour que l'un des deux parents échappe à Rio 2 ?!?

 

À ma droite, un gamin de sept ans et sa mère s’installent. Le gamin porte un pot de popcorns taille « magnum » aussi haut que lui. Sa mère lui demande du popcorn. Il refuse. Là, déjà, perso, je crois que j’aurai collé une baffe au gamin et nous serions sortis de la salle. Mais je me tais, sinon, on va encore me taxer d’être une mauvaise mère en devenir…

 

Chut ! Les bandes-annonce commencent ! Tu entends, le mioche ? Il y a quelque chose que tu ne comprends pas dans le mot « chut » ?!? Rhââââ… L’est con ce gamin !

 

Tout commence par une bande-annonce ultra violente d’une production Luc Besson, avec yamakasis, guns, coups de boule et explosions…quel choix judicieux de programmation avant un film pour enfants! J’applaudis le Pathé Bellecour des deux mains… !

 

La seconde bande-annonce n’en est pas une. C’est une pub.

« Il parait que les français sont feignants » (on voit un tracteur, déjà au boulot, à l’aube) « Il parait que les français n’aiment pas leur travail » (scène où une infirmière aux anges amène un enfant dans la salle post-accouchement) « Il parait que les français sont racistes » (gros plan sur des pieds nus noir et blancs dépassant d’une couette)… et là, apparait le cigle « TF1 » !

Guenièvre et moi éclatons de rire dans la salle qui ne semble pas comprendre le fondement de cette hilarité soudaine. En une seule pub, TF1 culpabilise le spectateur et, en même temps, se rachète une conscience en vantant des valeurs que la chaîne, à longueur d’émissions et de JT, s’amuse à détruire pièce par pièce afin d’écœurer les gens de leur pays, de leur travail et de leurs propres voisins.

Pathétique !

 

Pas très passionné par les pubs, le mioche d’à côté à la tête dans son seau de popcorns et s’en gave avec des bruits de pourceau sous-alimenté, refusant toujours l’accès de son trésor à sa mère, malgré les demandes réitérées de cette dernière. Bien entendu, cher Journal, le gamin répond à sa mère avec la discrétion d’un enfant parlant à sa mère qui, par un hasard facétieux, se trouverait de l’autre côté d’une autoroute un week-end de 15 Août. Autrement dit : il hurle chacune de ses réponses… et sa mère ne dit toujours rien. Normal.

 

Cher Journal, je te passe les détails du film, qui est d’une nullité affligeante mais qui essaie de sauver les meubles (en vain !) en boostant les séquences de chansons inutiles et bruyantes tandis que la trop grande multitude de personnages multicolores s’agite en rythme à l’écran…. le tout toujours en 3D !

 

On dirait que les infographistes ont vomi sur une tablette graphique ! J’ai mal au crane et je guette la fin du film avec impatience. Putain ! Encore ¾ d’heure !!! J’allume mon portable pour jouer à Candy Crush. La vieille de derrière me demande aussitôt d’éteindre mon portable car ça fait trop de lumière. Trop cool… !

 

Manifestement, je ne suis pas la seule à m’ennuyer sévère : le gamin d’à côté (à présent gavé de popcorn jusqu’aux yeux et surexcité par tout le sucre ingurgité) a décidé de monter/descende/monter / descendre de son siège, faisant vibrer le mien façon tremblement de terre.

 

J’articule un « RRRrrrrrr !!!! » d’agacement entre mes dents et la mère réagit enfin en lui demandant de se calmer. Elle lui confisque du coup le popcorn. Dolto is back !

Il va sans dire que durant les ¾ d’heure restant, le morveux a passé son temps à récupérer son seau de popcorn, jurer à sa mère qu’il n’en mangerait plus, en manger de nouveau, se faire confisquer le seau de popcorn, le récupérer, etc etc etc…

 

Après avoir réveillé Guenièvre, nous sommes sorties de la salle non sans avoir gratifié au passage le gamin d’un  « salle gosse » bien sonore, histoire que sa mère intègre bien le message (l’espoir fait vivre…).

 

Je rallume enfin mon portable et un message de « Sagesse » apparait immédiatement. Ni une ni deux, j’explique tout à Guenièvre et nous courrons chez elle pour faire des recherches à partir des quelques maigres indices disponibles grâce à Google.

 

Nous avons commencé par la sagesse/âge: Jeanne (Calment)… ça ne marche pas : je ne connais pas de « Jeanne » et celle-ci n’est plus en état de composer un sms depuis un moment ! Nous persévérons !

Être sage : le père Noël… Non ! Je ne connais pas de « Noël » !

Avec les conseils de Guenièvre, qui n’a pas fait un an de Grec pour rien, nous en arrivons à « Sagesse »/ « Sophia »/ « Sophie » ! Là, ça me parle déjà un peu plus…

 

Mais « Sophie » qui ? Marie-Sophie ? Anne-Sophie ? Sophie Aram ? Sophie Davant ? Sophie Marceau ? Sophie Ellis Bextor ? Sophie la Girafe ? Les Malheurs de Sophie ?
À cours d’idées, je fais part de mes trouvailles à « Sagesse » via sms. Réponse quasi-instantanée de l’intéressée: « Et bien, Mandinou… TA Sophie qui t’adore, bien sûr ! »

 

 

Là, je flippe !

 


Par Princesse Pouffiasse
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Lundi 21 avril 2014 1 21 /04 /Avr /2014 21:47

Cher Journal,

 

Aujourd’hui, cette pute de « Sagesse » a encore fait des siennes.

 

Vers dix heures, je sors chercher le courrier. Comme d’habitude, je jette dans la poubelle dédiée au recyclage les trois quarts de ce que contient la boite aux lettres en matière de publicités, offres bidons et propositions de désenvoutements et retours d’affection en tous genres. Seules restent deux enveloppes. Si la première ne va pas tarder à agacer Mum (c’est la déclaration sur le Revenus 2013 ! Youhou !), la seconde ne va pas tarder à m’agacer moi.

 

Je dépose l’enveloppe du Trésor Public sur la table de la salle à manger et, pendant que Mum vocifère en l’ouvrant, j’ouvre une enveloppe qui, pour une fois, m’est adressée.

 

Pas d’expéditeur, pas de cigle d’une quelconque société de télécommunication… et l’encre du tampon recouvrant le timbre est détrempée et illisible. Je décachète l’enveloppe. À l’intérieur, une vulgaire feuille de papier-imprimante pliée en accordéon. Je la déplie et j’ai la surprise d’y découvrir une photo… de moi ! Le genre "photo de moi, de dos, en niveaux de gris, prise façon paparazzi avec un téléphone portable et agrandie dix fois".

 

Photo peu flatteuse au demeurant : je n’aurai jamais pensé que, sur papier, mon cul contienne autant de pixels ! Garce de « Sagesse »… !!!

 

Car c’est bien de « Sagesse » dont il s’agit une nouvelle fois ! Aucune info sur ou dans l’enveloppe… mais, au dos de la photo, quelques mots tracés d’une belle écriture souple, fine et toute en volutes exagérés. Le genre de calligraphie qui signifie déjà que « Sagesse » est 1/ une nana, 2/ le genre « girafe élancée et voluptueuse » (la connasse, quoi !) et 3/ que son portable fait des photos de merde.

 

Je lis donc sa prose manuscrite : « Kikou Mandinou ! (cher Journal, ça commence TRÈS mal !) Ne flippe pas, copine ! Pour trouver qui je suis, je vais te donner un indice : mon pseudo est un prénom. À partir de là, tu pourras remonter jusqu’à moi ! Kiss kiss   XXX    Sagesse ».

 

Au final, loin de m’énerver, entre les griffonnages altiers et prétentieux de « Sagesse », les énigmes bidons et cette photo volée façon top model (car oui, cher Journal, je suis un top model… et je t’emmerde !), je me suis mise à imaginer le physique de « Sagesse ».

 

Je vois une nana aux jambes fines et démesurées surmontées d’un buste gracile mettant en valeur des seins fermes et ronds, encadrés de deux bras fins terminés de doigts délicats et interminables qui passent leur temps à recoiffer une frange châtain clair qui masque par instant une bouche sculpturale pleine de gloss qui se fend sur des dents immaculées pour laisser échapper un petit rire de gorge cristallin à la moindre connerie dans le but d’asservir le mâle de base. Probablement le genre de grosse dinde insupportable à faire des séries de selfies (toujours avec son portable pourri !) en faisant de gros duck faces qui se voudraient glamour avant de les balancer en vrac à n’importe quelle heure du jour et de la nuit sur Facebook, Instagram ou Tweeter !

 

 

D’ailleurs, pour faire une petite digression, j’ai beau regarder des photos de mode ou artistiques pleines de modèles à la plastique très à mon goût en piochant au hasard sur le world wide web, il n'y a pas à dire : voir un mec ou une nana faire un duck face ou se donnant des airs inaccessibles et ténébreux voire méprisant ou provoquant et bien, personnellement, je trouve ça insipide et vide de sens et de beauté.

 

C'est pas bien dur d'ajouter un semblant de mise en scène ou de décor, non ? La beauté aussi froide et stérile qu'un étal de boucher, ce n'est vraiment pas ma came.

 

C’est fou, ça, quand même, de glorifier quelque chose qui n’a pas d’âme !

 

Tu ajoutes la moindre expression, le moindre sourire à ces mannequins impersonnels "qui le valent bien" et le résultat est bien plus que sexy, plus expressif… plus vivant !

 

Tu imagines, toi, un monde peuplé uniquement de mannequins ?

Croiser dans la rue des troupeaux de nanas dotées de jambes  d’un mètre vingt, pesant quarante kilos (mais des seins énormes : cherche l’erreur… !) à tout casser, qui auraient toute la même frange, les lèvres en duck face dégoulinant littéralement de gloss et les yeux mi-clos sur un regard bovin… ou des mecs aux jambes aussi fines que deux cannes, sans aucun poil sur le corps, toujours bronzés, le visage à moitié couvert de cheveux suintant de gel à effet « saut du lit » et le reste du visage recouvert d’une immuable barbe de trois jours, faisant la moue et un regard mystérieux et ténébreux brillant dans un regard sans âme ?

 

Non, franchement, si tu prends la peine d’y réfléchir deux secondes, ça serait vraiment trop fendard à mater dans les rues piétonnes !!

XPTDR, oserai-je même dire !

 

 

Et, tandis que je me marre toute seule comme une conne devant toi, cher Journal, je vois doucement émerger de l’ombre cette silhouette étrange et toujours fidèle à son rendez-vous nocturne avec Dieu sait qui ou Dieu sait quoi, baignée de la lueur incertaine et poudreuse du réverbère.

 


Par Princesse Pouffiasse
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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 22:22

Cher Journal,

 

C’est le cœur amer et maussade que je noircis aujourd’hui tes pages.

 

Un peu plus tôt dans la semaine, je recevais un appel incertain et plutôt glauque me demandant si je voulais bien honorer de ma présence la mémoire d’une certaine Anaïs.

 

J’ai d’abord cru à un canular de cette pute de « Sagesse » (cf mes notes précédentes)… puis j’ai vite compris de quoi il s’agissait. Et j’ai abandonné aussi sec mes fantasmes paranos pour redescendre sur terre : j’étais invité aux funérailles d’une amie de ma pote Guenièvre.

 

Anaïs, brillante étudiante en école de commerce, était pour moi une brave fille totalement inintéressante… mais personne ne maîtrisait le shopping mieux qu’elle et sa carte Gold illimitée. Et ses éclats de rire valaient tout l’or du monde tant ils débordaient de joie inoffensive. Des éclats de rires que nous n’entendrons plus jamais.

 

Faute de place dans ce tout petit Temple morne et sobrement blanchit à la chaux, me voilà coincée au premier rang, entre Guenièvre et le cercueil pour une cérémonie religieuse froide et sans âme.

 

Nous voilà maintenant au cimetière, jetant misérablement une poignée de terre brune et sèche sur une boite en bois noir, engloutissant à jamais dans l’abîme une déesse du shopping et de la joie de vivre.
J’ai survolé tout cela comme extérieure à mon corps, extérieure à la scène. Maintenant que j’écris ces lignes, j’ai presque l’impression d’avoir fait un mauvais rêve, fiévreux et indistinct. Que rien ne s’est vraiment passé. Et que ça n’arrivera plus. Jamais.

 

Mais, au fond de moi, j’ai bien entendu l’absconse clameur qui circulait de bouche à oreille, entre les tombes délavées par le temps. Et je ne pourrai jamais l’oublier.

 

Sous ses dehors de fille légère et guillerette, Anaïs se droguait. Pas une petite fumette devant l’université, non. Directement des substances plus "dures", de celles qui circulent en toute liberté lors des soirées branchouilles des écoles de Commerce ou des rallyes huppés regroupant les jeunes gens de "bonnes familles". Un jour, elle a voulu arrêter toute cette merde et s’en est ouverte à ses parents qui, compréhensifs, l’ont aidé dans ce sens. Mais son dealer l’entendait autrement et continuait de lui rendre visite, jusqu’à la harceler.

 

Pour avoir la paix, le père d’Anaïs avait filé un bon paquet de blé au dealer pour ne plus entendre parler de lui et permettre à Anaïs de rebondir.

Les changements d’adresse et de numéro de téléphone n’ont pas suffit : le dealer a retrouvé la trace d’Anaïs et a recommencé son manège assidu.

 

Un après-midi qu’Anaïs était seule chez elle, le dealer est venu la faire chier une nouvelle fois. Une fois débarrassée de lui, Anaïs est allée dans le garage de ses parents et a trouvé la délivrance à ce harcèlement sans fin sous la forme d’un canon de fusil. Le tableau ne serait pas complet sans que ce soit Thibault, de dix ans le cadet d’Anaïs, qui découvrit le corps inanimé de sa grande sœur.

 

Depuis, il parait qu’une véritable chasse aux sorcières, adeptes de drogues diverses et variées, a commencé au sein de l’université.

 

De mon côté, errante comme dans un mauvais rêve, j’ai décidé de rendre un dernier hommage à Anaïs et je me suis précipitée, au bord des larmes, chez H&M afin de faire honneur à cette fille, à sa joie de vivre et à son goût sûr pour les fringues…. Et aussi parce que j’avais besoin de m’occuper et de trouver un moyen de penser à autre chose.

 

À peine sortie du magasin, les coudes pleins de sacs (bah oui, Chéri : quand on est une meuf trop classe, en 2014, on porte tous ses sacs dans le creux du coude… même si on en porte dix et que ça fait super mal aux bras car ça muscle cher trop les biceps !), j’ai reçu un texto.

Avec un effort surhumain, j’ai réussi à récupérer mon téléphone (toujours avec mes dix sacs aux coudes ! J’suis trop forte, j’te dis !!) et je lis : « Hey ! Je te vois ! Ne claque pas trop de pognon chez H&M ! PS : toutes mes condoléances.   Sagesse »

 

Là, franchement, c’était pas le jour. Du coup, j’ai grave pété un câble et j’ai appelé aussitôt le numéro indiqué en tête du texto. Après trois sonneries dans le vide, j’entends : « Bonjour. Bienvenu sur la messagerie Orange du 06******** . Merci de laisser un message après le bip sonore ».

 

Du coup, j’ai incendié le répondeur et j’ai menacé de porter plainte pour harcèlement.

 

 

Cher Journal, ce soir, languissante, morose et vide, j’aurai vraiment aimé terminer d’abreuver tes pages de mots afin de me libérer de ces heures douloureuses… Mais la silhouette sombre, indifférente aux ombres funestes qui ont traversé ce jour, est revenue, près du portail, baignée de la luminescence blafarde du réverbère, droite, immobile et effrayante.

 


Par Princesse Pouffiasse
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